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TABOU DANS LA SOCIÉTÉ AFARS

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TABOU DANS LA SOCIÉTÉ AFARS

A L’instar des autres peuples d’Afrique et d’autres continents, la société traditionnelle Afar regorge de tabous et interdits plus ou moins rigides. Certains tabous relevant du paganisme perdurent malgré la modernisation, survivent et coexistent avec la pratique de l’Islam dont l’influence ne cesse pourtant de grandir.

Les Tabous que les Afars appellent ILKO déterminent la conduite de ceux qui les partagent et reflètent la protection des valeurs sociales ainsi que l’harmonie au sein de la communauté. Appelés parfois AYMA ou DAQLEELA, ces tabous aux origines connues ou inexpliquées mais relevant souvent de la logique, ont un impact considérable sur le comportement des nomades qui redoutent leurs transgressions au-delà de toute raison.

Les justifications de ces tabous sont d’ordre sanitaire, moral, psychologique, affectif et parfois religieux sans oublier l’astrologie dont, la aussi, la pratique et les interdits occupent une place primordiale dans la vie des Afars.

L’astrologie, que nous évoquerons plus généralement dans un autre article, régit avec ses interdits, ses périodes propices ou néfastes, la vie quotidienne des Afars pour les mariages, circoncisions, transhumances, agricultures ainsi que dans bien d’autres circonstances.

Pour illustrer un aspect relatif à notre sujet, une des pratiques consistait chez les Afars à marquer la naissance ou l’apparition de la nouvelle lune de RAGAB, septième mois du calendrier lunaire, par une cérémonie d’incantation afin de protéger le cheptel (dromadaires et bovins) contre les mauvais sorts. Le nomade propriétaire du troupeau égorge à quelques pas de son campement une chèvre préalablement choisie pour certaines caractéristiques jugées mystiques tels que des petites mamelles ou des couleurs de pelage spécifiques, et appelée WAALOYTA dont il recueille le sang dans un récipient à lait (AYNI). Il sort de sa cachette un bâton de MADERTO (CORDJA GHARAF), le plonge dans le sang de la chèvre et asperge le dromadaire avec en invoquant le mois RAGAB. « RAGABOW ! BAXAL RAAQAY’ XICEY, BAXI BAXAL RAAQAY’ XXICEY. Oh RAGAB ! Fait en sorte qu’ils parviennent jusqu’au fils ainsi qu’au petit fils, en parlant bien sur des dromadaires. RAGABOW INTIXIBIXEY ! Oh RAGAB ! Nous t’invoquons ou te prions. Il découpe ensuite une lanière dans la peau de la chèvre qu’il attache à la base du récipient à lait. La viande de cette chèvre doit être consommée à l’extérieur du campement par les hommes des alentours. Une invocation semblable est récitée pour protéger les vaches dont le propriétaire enduit les cornes avec du beurre rance. Déroger à ce rituel parmi tant d’autres reviendrait pour le nomade à condamner son cheptel à une diminution certaine ou à une disparition très probable.

L’astrologie des Afars est basée sur l’interprétation des influences bonnes ou mauvaises, des mansions ou constellations lors de la rencontre avec la lune.

Au nombre de vingt-huit reparties sur douze mois ces mansions lunaires regorgent des périodes d’interdits et de tabous qu’on ne peut transgresser. Un mariage contracté à une telle période provoquerait, par exemple, le décès d’un des conjoints, à telle autre période il en résultera une infertilité de la femme…etc.

L’astrologie n’en couvrant qu’un des multiples aspects, le thème du tabou recouvre chez les Afars plusieurs domaines de la vie quotidienne, parmi lesquels l’alimentation et l’hygiène de vie occupent une place prépondérante.

Les tabous sanitaires et alimentaires sont le fruit d’observations transmises de père en fils, assurant aux nomades une hygiène et une tradition culinaires appropriées à leur mode de vie. Cette hygiène de vie se caractérise principalement par l’interdiction d’associer certains aliments au cours d’un même repas, au risque de graves indigestions ou intoxications alimentaire, que les Afars craignent particulièrement et appellent CAALIB.

- QASA CADO MAYAKMAN « on ne mange de la viande crue ». La sagesse populaire illustre cet interdit à travers le proverbe QASA CADO YAKMI BAGUH MEESITA. « Celui qui consomme de la viande crue craint pour son ventre »

- CAN KEE CADO MAYASGALLAN « On ne consomme pas simultanément de la viande et du lait dans un même repas. » Comme le souligne l’adage populaire CAN KEE CADO CALIB LEEH, YASGALLE NUMUT TAAME. « Viande avec lait intoxiquent, en souffrira celui qui en fait le mélange »

- LAFAT DAACO MADUUGAN (on n’essuie pas son urine avec un os) pour éviter les germes ainsi que de se blesser.

- BARUGA MAYAKMAN (on ne mange pas de cadavre).

-GUBLO KEE LUBBI MAYAKMAN (on ne mange pas les poumons et le cœur)

-LIH YAMOONU WAAN MARAK MAAQO MAYAKMAN (on n’accepte pas la nourriture d’un ennemi potentiel)

-MAAQO GURAH MAYAKMAN (on ne mange pas avec la main gauche)

-ULLAT FIDO MAFAXAN (on ne couche pas avec une parturiente)

- BOODOT DAACO MAABAN (on n’urine dans un trou) à cause des reptiles.

- BAR CAXA GUBAL MAXIINAN (on ne dort pas sous un arbre le soir) peut être à cause du gaz carbonique que dégagent les arbres le soir.

- ROB RADA WAQ CAXA GUBAL MADAFFEYAN (on ne s’abrite pas de la pluie sous un arbre) à cause du risque de foudre.

D’autres tabous relevant de la pure superstition demeurent souvent inexplicables.

- QARAANAL FEERA MARUUBAN (on ne pointe pas le ciel du doigt).

- BAAXO MAFIIRISAN (on ne fait pas de signe sur le sol).

- IBA KEE AMO INK’ADDA MAYASKUTAN (on n’oint pas la tête et les pieds en même temps).

- SIISA EDDE RIFE KAL CAXAK CAXXA MAKALAN (on ne coupe pas une branche sans avoir jeté une poignée de sable dans l’arbre auparavant) pour faire partir dit-on les démons qui y habitent.

L’honneur, comme on le sait, est depuis toujours une exigence primordiale du nomade, et en transgresser certains aspects relève du tabou.

- CANE MACABAN (ne pas venger la mort de son prochain est tabou).

- QIBINA MAMATAKSITAN (ne pas donner l’hospitalité au voyageur est tabou).

- CUGAANE MACAMTAN (on ne médit pas ses voisins).

- LABHA MAWEQTA (les hommes ne pleurent pas).

- LABHA LAFA MATAGGILA (les hommes ne cassent pas le fémur pour en sucer la moelle).

-XALEYNA MAQADWISAN (on n’engueule pas les parents)

-DIRAABAH MAXIIBITAN (on ne jure pas quand on ment)

-SAYMARI LABHAK FOOCAT MAGEXA (les femmes ne marchent pas devant les hommes) peut être par souci de leur protection

Un énoncé exhaustif et une classification thématique de tous les tabous ne pouvant être complété que par un ouvrage approfondi, nous nous contenterons de vous soumettre un aperçu de ce large thème.

-MAGRIB ARHO YAYSEDEENIH (on arrête la caravane au crépuscule)

-MAGRIB BIYAAKITA NUM KEE RAYSA DAFFEYSAANAH (le malade alité et même une dépouille doivent être mis sur leur séant au crépuscule)

-MAGRIB LEE MARADAN (on ne va pas au puits au crépuscule)

-BAR XAGOR KEE LIFIQ MAKALAN (on ne se rase pas et on ne coupe pas les ongles la nuit)

-BAR GIRA KEE QASBO MAYACAN (on ne donne pas du feu et du sel la nuit)

-BAR ASMITE KAL HEEY MIYYAN (on ne répond pas à un appel indistinct la nuit)

-BAR CAXA MAYARGIQAN (on ne coupe pas un arbre la nuit)

-BAR XAA MAQAMBISAN (on ne lance pas de pierre la nuit)

-SOLOT KAH ABEN URRUL AGBI MAXAYYOOWA (les femmes n’approchent pas les garçons durant la semaine de la circoncision)

-AGBI DEEROH GEXXE LABHAK RAATAT MAYAAQITA (les femmes ne doivent pas marcher sur les traces des hommes partis en guerre)

-BADDI QIRAH MARIHMAN (on ne se marie pas à la période de très grande marée basse)

-TALAATAH MARIHMAN, MAYAARRAN (on ne se marie ni ne voyage le mardi)

-AGBI DEERIH MAXIINA (les femmes ne doivent pas dormir sur le dos)

-LABHA AFAH MAXINTA (les hommes ne dorment pas sur le ventre)

-AGBI GAALA MAYAXIGGILA (les femmes ne traient pas les chamelles)

-SOONO DIRAB MAYACAN (on ne raconte pas de faux rêves)

-DAACOT MAYAQITAANAY AMO KAK MAKORAN (on ne piétine ni n’enjambe l’urine)

-AGBI KOBORUH MAGEXA (les femmes ne participent pas à l’enterrement)

-QUSBA GUUBUL DOOQ’AABEL MANOOKAN (on ne s’installe dans un nouveau campement sans avoir fait une prière)

-KABAARAT MAYAAQITAN (on ne piétine pas les tombes)

-DIBAALAT XEET MAHAN (on ne lapide pas les animaux sauvages)

-INKI KEBELLA IBAT MAHAN (on ne chausse pas une seule chaussure)

-KABRIK XAA MAKALAN (on n’enlève pas une pierre d’une tombe)

-GAALI CANAT SAAHI MAQADDOYSAN (on ne mélange pas de lait de chamelle avec le thé)

-GAALA BIRTI MINGILIT MAYAXIGGILAN (on ne trait de chamelle avec un récipient en métal)

-LABHA BADDI KUBUR MABTA (les hommes ne s’approchent pas de la danse du démon chantée par les femmes appelée baddi kubur)

-KEBELLA AFAH MACABAN (on ne laisse pas une chaussure qui s’est renversée sans la retourner)

-WARRU MAQIDAN (on ne tue pas les reptiles) sauf certaines espèces.

-QARO MAQIDAN (on ne tue pas les araignées) sauf certaines espèces.

En conclusion, nous espérons que cet aperçu non exhaustif des tabous dans la société Afar permettra aux lecteurs de se faire une idée du permis et de l’interdit dans la vie courante de ce peuple nomade.

Décrire les différents aspects culturels des Afars, généralement méconnus demeure notre objectif. Les voyageurs, en mal du sensationnel et de l’exotique, ont collé des images stéréotypées et dégradantes à beaucoup de peuples d’Afrique, parmi lesquels les Afars. Il n’est donc pas inutile que des intellectuels maitrisant leur propre culture, rectifient certains clichés et contribuent à saisir les profondeurs et les subtilités de nos cultures ancestrales.

HASSAN MAHAMAD HASSAN ( HASSAN PILOTE)

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